« Le prédateur le plus dangereux n'est pas celui qui sait qu'il chasse. C'est celui qui croit qu'il protège. »
Fiche signalétique
Sujet : Emmanuel Jean-Michel Frédéric Macron. Né le 21 décembre 1977, Amiens. Profession déclarée : Président de la République française. Profil apparent : premier de la classe, surdoué, réformateur. Profil réel : à déterminer.

I. Structure psychique fondamentale

Le sujet présente une configuration rare : une intelligence supérieure couplée à une absence totale d'expérience du commandement réel.

Cette dissonance produit un schéma compensatoire classique : la théâtralisation permanente de ce qu'on n'a jamais vécu.

Le sujet n'a jamais commandé. Jamais dirigé d'équipe sur le terrain. Jamais pris de décision dont les conséquences s'inscrivaient dans la chair d'autrui. Jamais assumé l'irréversible.

Il a conseillé. Analysé. Recommandé. Rédigé des notes.

C'est un parcours d'excellence académique. Ce n'est pas un parcours de chef.

Diagnostic préliminaire : Le sujet ne sait pas ce qu'est l'autorité naturelle — celle qui s'impose sans qu'on ait besoin de la rappeler. Il doit donc la simuler, la proclamer, l'imposer par la force.

II. L'enfant désynchronisé

Les biographes qui ont remonté l'enfance du sujet à Amiens décrivent un enfant « désynchronisé » et « solitaire ». Pas de bande. Pas de copains. Pas de complicité fraternelle avec Laurent et Estelle, ses cadets.

Étienne Campion, auteur du Président toxique, note : « Le jeune Emmanuel Macron se désintéresse de ses frères et sœurs, et de ses parents. Il ne cherche pas d'amitiés parmi les autres enfants pour se créer une identité. »

Un fait rarement commenté : Emmanuel Macron naît le 21 décembre 1977, un an après que ses parents ont perdu leur première fille, morte à la naissance. En psychanalyse, on désigne cet enfant qui arrive pour combler un vide comme un « enfant de remplacement ». Hypothèse — mais hypothèse qui éclaire.

Le seul lien affectif documenté : Manette. Germaine Noguès, sa grand-mère maternelle, ancienne institutrice de la IIIe République. Le sujet l'a dit lui-même : il se sentait « désynchronisé par sa grand-mère, parce qu'elle est une vieille institutrice de la IIIe République qui le fait vivre dans les hauteurs du passé ». Deux êtres hors du temps. C'est elle qui lui transmet l'amour des livres. C'est elle qui compte. Pas les parents — deux médecins, deux carrières, deux silhouettes dans l'autobiographie Révolution.

Le père lui-même a vu la construction. Jean-Michel Macron, avec une lucidité cruelle : « On lui a construit une enfance avec des images d'Épinal qui se vendent bien. Avec sa grand-mère enseignante et son arrière-grand-mère illettrée. Cela fait très IIIe République ! » Le père voit le récit. Le père sait qu'il en a été exclu.

À 12 ans, le sujet demande à être baptisé. Contre l'avis de son père. Premier acte d'insoumission. Le père dit non — l'enfant fait quand même.

À 12 ans, le portrait est déjà dessiné : un enfant solitaire, désynchronisé, élevé par sa grand-mère, en rupture avec l'autorité paternelle, convaincu d'être à part. L'enfant qui sera président est déjà là.

III. La relation fondatrice

1993. Lycée La Providence, Amiens. Le sujet a 15 ans. Brigitte Trogneux a 39 ans. Professeur de français et de théâtre. Figure d'autorité.

La relation qui s'établit inverse les polarités générationnelles. Mais la structure reste celle du rapport professeur/élève : elle guide, il suit. Elle valide, il performe. Elle décide, il s'adapte.

Cette relation devient le socle de sa vie.

Les observateurs de l'Élysée sont unanimes : Brigitte Macron assiste aux réunions de cabinet, conseille sur les nominations, valide les discours. Le sujet le revendique : « Elle me dit tout. Elle est mon conseil le plus précieux. »

Hypothèse : Le sujet n'a jamais occupé la position de celui qui commande dans sa relation la plus intime. Il reste, structurellement, dans la position de l'élève qui cherche l'approbation. Ce qu'il ne peut pas être dans l'espace privé, il doit l'être dans l'espace public — de manière ostentatoire, répétée, agressive.

« Je suis votre chef. »

Règle : Celui qui doit rappeler son autorité est celui qui en doute.

IV. Mécanismes de compensation

A. Le cosplay compensatoire. Le sujet n'a jamais porté l'uniforme. Ni service militaire, ni corps en armes. Comportement observé : remontée des Champs-Élysées en véhicule blindé (mai 2017), revues des troupes avec posture martiale appuyée, photos officielles en tenue militaire barbe de trois jours (mars 2022, « look Zelensky »). Le vêtement devient prothèse identitaire. Le chef de guerre qu'il n'est pas, il le mime.

B. La rhétorique martiale. Le 16 mars 2020, le sujet prononce six fois « nous sommes en guerre » en vingt minutes. Angela Merkel, face à la même pandémie : « Nous avons une tâche historique à laquelle nous devons nous attaquer ensemble. » Pas de guerre. Pas d'ennemi. Merkel a dirigé des équipes de recherche. Elle connaît le commandement par l'expérience. Elle n'a pas besoin de le simuler. Règle : Plus la pantomime est excessive, plus le manque qu'elle compense est profond.

C. Le bunker narcissique. Le sujet gouverne par conseils de défense — dispositif normalement réservé aux questions militaires. Les délibérations sont classées secret-défense pour cinquante ans. Aucun compte à rendre. Un espace où il peut jouer au chef sans que personne ne voie les hésitations, les revirements, les erreurs. Un théâtre dont il contrôle les coulisses.

V. Le florilège du mépris

Le sujet ne peut pas s'en empêcher. À intervalles réguliers — six mois en moyenne — une phrase échappe. Et à chaque fois, le même cycle : révélation, tollé, dénégation, oubli. Puis récidive. Ce n'est pas un accident. C'est une compulsion.

Décembre 2014, face aux ouvrières de l'abattoir Gad en Bretagne : « Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. » Mai 2016, à un syndicaliste en tee-shirt : « La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler. » Juin 2017, à Station F : « Une gare, c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. » Rien. Pas « les gens en difficulté ». Rien. Une négation d'existence. Même mois, sur les migrants comoriens qui se noient : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien. » Des êtres humains meurent. Le sujet fait un bon mot. Août 2018, au Danemark : « Les Danois sont un peuple luthérien, ouvert aux transformations. Pas comme les Gaulois réfractaires au changement. » Septembre 2020, à un chômeur : « Je traverse la rue, je vous en trouve. » Janvier 2022, sur les non-vaccinés : « J'ai très envie de les emmerder. »

L'évolution est complète. Du mépris inconscient (2014) au mépris assumé (2022). La bouche dit ce que l'esprit pense — malgré tous les efforts de contention.

C'est la marque des pathologies narcissiques : l'incapacité structurelle à considérer l'autre comme un égal. L'autre est toujours inférieur. Toujours méprisable. Toujours rien.

VI. Territoire de chasse

Tout prédateur a un territoire. Celui du sujet est délimité par une règle simple : il ne chasse que ce qu'il peut tuer.

Les proies. Gilets jaunes (2018-2019) : citoyens désarmés, 13 000 grenades de désencerclement, 19 000 tirs de LBD, 24 éborgnés, 5 mains arrachées — chiffres documentés par le Défenseur des droits. Manifestants contre les retraites (2019-2023) : millions de citoyens, passage en force par 49.3. Écologistes de Sainte-Soline (2023) : militants désarmés, 3 200 gendarmes, blindés, hélicoptères. Éleveurs de l'Ariège (2025) : paysans en bottes, blindés Centaure, 207 vaches abattues.

Dénominateur commun : force disproportionnée contre des adversaires incapables de riposter.

Le gibier inaccessible. Vladimir Poutine. Février 2024 : « Rien ne doit être exclu » concernant l'envoi de troupes au sol. Réaction des alliés : refus unanime — Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Pologne, OTAN. Action réelle du sujet : aucune. Face à un adversaire capable de riposter, le sujet parle mais n'agit pas.

Règle du prédateur : on ne chasse que ce qu'on peut tuer.

VII. Le fantasme russe et la descendance de substitution

Le sujet a besoin d'un ennemi à sa mesure. Les Gilets jaunes ne suffisent pas — ce sont des Français. Le virus ne suffit plus — il ne riposte pas. Il faut un ennemi avec un visage, un nom, une armée.

En deux ans, le sujet est passé de « ne pas humilier la Russie » (juin 2022) à « rien n'est exclu » (février 2024). À chaque escalade verbale, il se retrouve seul. Les alliés refusent. Les troupes restent en France. C'est de la rhétorique pure.

La fonction psychologique est limpide. Poutine est ce que le sujet voudrait être : un chef incontesté, craint, obéi, qui a fait la guerre. En se posant comme son adversaire, le sujet se pose comme son égal. L'ennemi russe justifie l'état d'exception permanent — et l'exception est le carburant du pouvoir. Carl Schmitt : « Est souverain celui qui décide de l'état d'exception. »

Le paradoxe : le sujet veut le prestige du chef de guerre sans les risques. Il veut menacer — mais pas trop. Escalader — mais verbalement. La posture — pas les conséquences. C'est la définition du fantasme : un désir qu'on cultive précisément parce qu'on sait qu'il ne se réalisera pas.

Le risque : à force de rhétorique belliciste, le sujet pourrait se retrouver piégé par ses propres mots. Engager la France dans un conflit non par stratégie, mais par narcissisme. Non pour gagner — mais pour ne pas avoir l'air de perdre.

Un fait biographique complète le tableau : le sujet n'a pas d'enfants biologiques. Jamais engendré. Jamais transmis. Structurellement, il est resté du côté du fils. De l'élève. De celui qui cherche l'approbation — pas celui qui transmet.

Relisez alors le projet de service national militaire. Novembre 2025 : 50 000 jeunes par an en uniforme, maniement des armes, marche au pas. Le sujet a précisé que ces jeunes ne seraient « jamais envoyés en Ukraine » — ce qui confirme que l'objectif n'est pas militaire mais symbolique.

Ce ne sont pas seulement des petits soldats. Ce sont des fils de substitution. Des jeunes qui porteront l'uniforme qu'il n'a jamais porté. Qui obéiront aux ordres qu'il donne. Qui marcheront au pas pour lui. L'homme sans descendance se fabrique une famille — pas biologique, institutionnelle. Pas par le sang, par le décret.

50 000 fils qui ne pourront pas le contester. Une famille parfaite. Silencieuse. Alignée.

VIII. La quête impossible

Le sujet ne cherche pas seulement le pouvoir. Il cherche la reconnaissance des pères — ces hommes qui ont vraiment commandé, porté l'uniforme, envoyé des hommes mourir et assumé.

De Gaulle : le sujet se met en scène à Colombey, invoque le Général à chaque discours. Les généraux : visites multipliées aux armées. Poutine : les longues tables du Kremlin, l'illusion d'un rapport d'égal à égal. Trump : les poignées de main viriles, le besoin de montrer qu'il peut tenir tête.

Mais un enfant qui commande par caprice n'obtient pas le respect des pères. Loi implacable. Les pères reconnaissent ceux qui ont mérité, gravi les échelons, commandé sous le feu. Pas ceux qui arrivent au sommet sans avoir jamais obéi.

De Villiers savait. Quarante-trois ans de carrière. Le Kosovo. L'Afghanistan. Le Sahel. Des hommes morts sous ses ordres. Et en face : un homme de 39 ans qui n'avait jamais commandé personne. Quand le sujet a dit « Je suis votre chef », de Villiers a entendu un enfant qui réclame le respect qu'il n'a pas gagné. Première démission d'un chef d'état-major sous la Ve République.

Depuis, le mépris des pères ne se dit pas. Il se montre. Les chefs d'état-major se taisent — ils exécutent, ils ne conseillent plus. Les alliés contredisent publiquement. Aucun ancien président ne valide.

Le cercle vicieux se referme : le sujet veut être reconnu comme chef → il commande par caprice → les vrais chefs le méprisent → il surcompense par plus d'autoritarisme → retour à l'étape précédente.

C'est peut-être la blessure centrale. Le sujet sait — quelque part, dans une zone qu'il ne visite jamais — qu'il n'a pas le respect des pères. Qu'il ne l'aura jamais. Que de Gaulle, s'il le voyait, détournerait le regard.

Les pères ne viendront pas. La reconnaissance ne viendra pas. Et le sujet passera le reste de son mandat à chercher ce qu'il ne peut pas obtenir. En détruisant tout sur son passage.

IX. Pronostic

Après la dissolution ratée de juin 2024, le sujet accorde une interview. Une phrase révèle tout : « Si j'avais été sentimental, je me serais suicidé. »

Pas : « J'ai fait une erreur. » Pas : « Je comprends la colère des Français. » Mais : « Si j'avais été normal, je serais mort. »

Le sociologue Michel Fize, ancien directeur de recherche au CNRS, a posé le diagnostic : mégalothymia. Concept emprunté à Francis Fukuyama — « le besoin irrésistible exprimé par un individu de voir reconnue sa supériorité sur les autres. Tous ceux qui ne sont pas lui. » Ce n'est pas la mégalomanie classique. C'est une quête constante de validation où l'individu doit se positionner comme supérieur. D'une autre nature.

Entre 2017 et 2025, le sujet a méthodiquement transformé l'écosystème démocratique français. Neuf milliardaires possèdent l'essentiel des médias — le pouvoir n'a pas besoin de censurer, le dispositif s'autocensure. Le Parlement a été neutralisé — onze 49.3, une dissolution ratée. La rue a été matée — la France est le seul pays d'Europe occidentale à utiliser des LBD contre des manifestants. Les corps intermédiaires ont été vassalisés — syndicats, élus locaux, soignants, tous ignorés. Et l'exception est devenue permanente : terrorisme, virus, émeutes, JO, guerre. Il y a toujours une urgence. L'urgence est le mode de gouvernement.

Ce n'est plus la Ve République. C'est le territoire que le prédateur s'est construit. Pour chasser en paix.

Michel Fize est catégorique : « Macron ne démissionnera pas. Jamais. Un mégalothymiaque ne peut pas admettre la défaite. » Risque principal : le sujet pourrait, par impulsion, engager la France dans un conflit qu'il serait incapable de gérer — non par stratégie, mais par besoin narcissique de devenir enfin le chef de guerre qu'il n'est pas. Risque secondaire : recours à l'article 16 — les pleins pouvoirs. Fize n'exclut pas cette hypothèse : « L'improbable n'est jamais à rayer d'un trait de plume avec un tel homme. »

Conclusion

Le sujet n'est pas un chef. C'est un élève brillant qui a atteint la position suprême sans jamais avoir commandé.

Alors il performe. Le chef de guerre avec des discours martiaux. Le commandant avec des uniformes empruntés. Le stratège avec des conseils de défense secrets. Le vainqueur en écrasant ceux qui ne peuvent pas se défendre.

Napoléon — le « petit caporal » — avait été caporal. Il avait commandé sous le feu. Il avait dormi dans la boue avec ses hommes. Le sujet, lui, est arrivé directement au sommet. Sans jamais avoir gravi les échelons. Sans jamais avoir obéi. Sans jamais avoir appris qu'un chef se forme par le bas, pas par le haut.

Il y a, dans les écoles de théâtre, un exercice classique. On demande à l'élève de jouer un personnage qu'il n'est pas. Un roi. Un général. Un père. L'élève joue. Il fait les gestes. Il dit les répliques. Il porte le costume. Mais quelque chose sonne faux.

Depuis huit ans, le sujet joue au président. Au chef. Au commandant. Au père de la nation. Et depuis huit ans, quelque chose sonne faux. Les Français le sentent. Les généraux le sentent. Les chefs d'État étrangers le sentent.

C'est une performance. Brillante, parfois. Convaincante, par moments. Mais une performance quand même.

Le rideau tombera en 2027. Ou peut-être avant.

Et quand il tombera, le sujet découvrira ce que découvrent tous les acteurs quand les projecteurs s'éteignent : qu'ils n'étaient pas le personnage. Qu'ils ne l'ont jamais été.

Et que le costume, une fois retiré, ne laisse rien.

Rien qu'un homme qui n'a jamais su qui il était. Et qui a détruit un pays pour ne pas avoir à le découvrir.