Le 28 février 2026, des frappes conjointes des États-Unis et d'Israël visent l'Iran. Le Guide suprême Ali Khamenei est tué. En réponse, le Corps des gardiens de la révolution islamique avertit les navires de ne plus traverser le détroit d'Ormuz. Le trafic s'arrête presque entièrement. Washington réplique début avril en bloquant à son tour les ports iraniens. Le baril de Brent grimpe à 126 dollars, niveau jamais vu depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022.
Une lecture rapide attribue la séquence à un calcul américain : couper le robinet du Golfe pour devenir seul fournisseur. La formule séduit par sa simplicité. Elle ne tient pas. C'est l'Iran qui a fermé le détroit, pas Washington. Trump a même annoncé le 4 mai 2026 une opération maritime pour escorter les navires neutres et tenter de rétablir le trafic. Aucune causalité directe entre la décision américaine et la fermeture.
Reste autre chose. Un mécanisme par lequel un acteur n'a pas besoin d'organiser un événement pour en récolter méthodiquement le bénéfice. Il suffit d'avoir construit, longtemps avant la crise, l'architecture qui transforme la crise en marché.
I. La position préparée
Ormuz transporte ordinairement près d'un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. Le brut qui en sort alimente principalement l'Asie. La Chine en absorbe 5,4 % du commerce maritime mondial. L'Inde et la Corée du Sud, 2,1 % chacune. Le Japon, 1,6 %. Les États-Unis, eux, n'y puisent que 7 % de leur consommation de liquides pétroliers. L'asymétrie est antérieure à la guerre. Elle est structurelle.
Cette asymétrie n'est pas un hasard. Depuis la levée en 2015 de l'interdiction d'exporter du pétrole brut, l'industrie américaine du schiste a construit méthodiquement une capacité de substitution. Les États-Unis sont devenus exportateurs nets en 2017. En 2024, ils ont rejoint les premiers exportateurs mondiaux de brut, aux côtés de l'Arabie saoudite et de la Russie, avec 4,1 millions de barils par jour. Au cours de la semaine achevée le 24 avril 2026, ce chiffre atteint 6,4 millions de barils par jour. En ajoutant les produits raffinés, plus de 14 millions quotidiens. Un an plus tôt, à la même période, le total dépassait à peine 10 millions.
La capacité existait. Le marché manquait. La guerre l'a livré.
II. Le déplacement des flux
Un pétrolier américain entre dans la baie de Tokyo, transportant 900 000 barils. La scène, d'apparence banale, marque un basculement. Le Japon importait jusqu'ici environ 70 % de son pétrole du Moyen-Orient via Ormuz et ne disposait que de deux à quatre semaines de réserves stratégiques. La Corée du Sud et Taïwan se tournent désormais, eux aussi, vers le brut texan pour se prémunir d'une nouvelle rupture d'approvisionnement.
Le mécanisme est lisible. Quand le robinet du Golfe se ferme, l'Asie ne peut pas attendre. Elle achète ce qui est disponible. Ce qui est disponible se trouve, presque exclusivement, dans les terminaux d'exportation du golfe du Mexique. Les flux ne sont pas seulement détournés. Ils sont reconfigurés selon une nouvelle géographie de la dépendance.
L'Europe paie un prix double. Sa propre stratégie énergétique l'a placée en position de faiblesse au pire moment : interdiction du gaz de schiste, fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, sevrage des hydrocarbures russes. Les stocks de gaz européens sont tombés à 46 milliards de mètres cubes fin février 2026, contre 77 deux ans plus tôt. L'Europe et l'Asie se disputent désormais les mêmes cargaisons américaines sur le marché au comptant, avec des réserves plus maigres qu'en 2022.
L'allié tient l'interrupteur.
III. La capture privée du choc public
Une fois le marché redirigé, le second étage du mécanisme s'enclenche. Les majors pétrolières capturent la rente.
TotalEnergies publie le 28 avril 2026 un résultat net IFRS de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre, en hausse de 51 % sur un an. Le résultat ajusté atteint 5,4 milliards, en hausse de 29 %. La trésorerie générée grimpe à 8,6 milliards. Patrick Pouyanné évoque la « capacité à capturer la hausse des prix grâce à un portefeuille intégré ». Le verbe est juste : capturer désigne une opération qui transforme un choc géopolitique en flux de trésorerie privé.
Chevron, qui produit entre 3,8 et 3,9 millions de barils équivalent pétrole par jour, voit ses revenus d'extraction suivre la hausse des cours. Les coûts de production, eux, ne bougent pas. La marge nette s'élargit sans effort. Adel El Gammal, professeur de géopolitique de l'énergie à l'ULB, qualifie cette dynamique de superprofits, « concentrés dans les mains de quelques-uns et des actionnaires de ces sociétés ». Greenpeace parle, plus crûment, de « profits de guerre ».
La distinction conceptuelle est centrale. Ces compagnies ne créent rien de nouveau pendant la crise. Elles ne forent pas davantage. Elles n'innovent pas. Elles vendent au prix élevé ce qu'elles produisaient déjà au coût ancien. La rente n'est pas le fruit du travail. Elle est le fruit d'une position. Et la position, elle, a été acquise des décennies avant la guerre.
IV. Le pivot vénézuélien
Le 9 janvier 2026, Donald Trump réunit les majors pétrolières à la Maison-Blanche. Le verbatim mérite restitution : il s'agit de « reconstruire rapidement l'industrie pétrolière vénézuélienne en ruine et produire des millions de barils de pétrole au profit des États-Unis, du peuple vénézuélien et du monde entier ». Trump promet aux compagnies une sécurité totale et 100 milliards de dollars d'investissements. Il précise que les États-Unis choisiront les entreprises autorisées à exploiter.
La chronologie compte. La crise iranienne libère une capacité d'absorption mondiale. Le Venezuela, sous tutelle américaine de fait depuis l'arrestation de Nicolás Maduro, devient le terrain d'expansion suivant. Chevron, déjà présent, prévoit une croissance de production d'environ 50 % dans les prochaines années. La promesse est conditionnée au baril élevé. À 60 dollars, l'investissement vénézuélien n'était pas rentable. À 100 dollars et plus, il le devient. La guerre fournit la condition économique de l'investissement suivant.
Cet enchaînement n'est pas planifié au sens d'un complot. Il est planifié au sens d'une infrastructure de réponse. Quand la crise survient, chaque acteur sait quoi faire, parce que les positions ont été préparées des années avant.
V. La défense par la complexité
Pouyanné, devant les caméras, déploie un autre étage du dispositif. Quand un journaliste lui demande pourquoi le carburant n'est pas vendu 1,50 euro à la pompe française, il répond : « Parce qu'en fait, nous avons une activité de raffinage qui globalement porte des pertes. Principalement, l'essentiel du temps. » La phrase est remarquable. Elle déplace le débat des superprofits du premier trimestre vers la complexité d'une activité moyennée sur l'année. Elle introduit le doute technique pour neutraliser la lisibilité politique.
Le groupe rappelle aussi qu'il paie 19 milliards d'euros de taxes par an dans le monde. La somme est exacte. Le périmètre, lui, est choisi. Le chiffre est mondial parce qu'il existe à l'échelle mondiale. À l'échelle française, il prend une autre forme. Selon les propres rapports de transparence fiscale du groupe, TotalEnergies n'a payé aucun impôt sur les sociétés en France en 2019, 2020, 2021, 2023, ni en 2025. En 2022, sur un impôt théoriquement dû de 122 millions de dollars, le groupe en a versé 19 millions. Le rapport entre les deux chiffres mérite d'être posé : 19 milliards de taxes mondiales, 19 millions d'impôt français la dernière année où il y en a eu. Un facteur mille. Pendant ces mêmes années, les bénéfices mondiaux du groupe atteignaient 14,2 puis 19,2 puis 19,3 milliards d'euros. En 2024, TotalEnergies a perçu 400 millions d'euros d'aides publiques en France et n'a pas été soumis deux années consécutives à la surtaxe exceptionnelle visant les grands groupes. Le « 19 milliards de taxes dans le monde » est un chiffre vrai à un niveau d'agrégation. Il devient autre chose à un niveau d'agrégation différent.
Le procédé est récurrent. Quand le chiffre des bénéfices est interrogé, il est répondu par le chiffre des taxes mondialisées. Quand la marge raffinage est attaquée, on déplace vers la production amont. Quand la pompe interroge, on convoque le portefeuille intégré. Aucune réponse ne ment exactement. Chaque réponse correspond à un périmètre différent de la question posée.
Le gouvernement français suit. Sébastien Lecornu déclare devant le Sénat qu'il faut bien que TotalEnergies « se positionne d'une manière ou d'une autre » sur la redistribution. Le groupe répond qu'il redistribue déjà via le plafonnement des prix dans ses stations. Le Parti socialiste estime qu'une taxe sur les superprofits rapporterait deux milliards d'euros. Le ministère temporise. La discussion publique tourne autour du geste volontaire, pas de la captation. Le pouvoir politique, en France, choisit la posture de gestion plutôt que celle de régulation.
VI. La géométrie du dividende
L'erreur, devant ce type de configuration, consiste à chercher un auteur unique. À chercher la réunion secrète, le plan, la signature. Le pouvoir contemporain ne fonctionne plus ainsi. Il fonctionne par alignement de positions préparées.
Trois acteurs, trois bénéfices distincts, une même crise.
L'État américain encaisse le rééquilibrage géopolitique. Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan paient désormais en dollars texans ce qu'ils payaient hier à Téhéran et à Riyad. La carte stratégique se redessine, sans qu'aucun fil n'ait été coupé délibérément à Washington. Cette captation a son prix intérieur. L'inflation américaine a bondi de 3,3 % sur un an en mars 2026, et le prix de l'essence à la pompe pèse sur le ménage américain au moment précis où s'approchent les élections de mi-mandat. Le bénéfice géopolitique se paie d'un risque électoral immédiat.
Les majors privées, elles, encaissent la marge sans coût intérieur. Le résultat net trimestriel de TotalEnergies a presque doublé malgré une perte de 100 000 barils équivalent pétrole par jour au Moyen-Orient. La crise leur coûte un peu. Elle leur rapporte beaucoup plus.
Le pouvoir politique américain encaisse le levier futur. Trump l'a formulé sur Truth Social, observant le mouvement des pétroliers vides vers les terminaux du Texas : « Un nombre massif de pétroliers totalement vides, parmi les plus grands au monde, se dirigent en ce moment même vers les États-Unis pour se remplir du meilleur et du plus léger pétrole disponible dans le monde. » La phrase n'est pas une déploration. C'est un constat de propriétaire.
Le quatrième acteur, le consommateur français, l'automobiliste européen, le ménage qui paie son chauffage et son carburant, ne figure dans cette géométrie qu'à titre d'ajustement. Sa contribution au mécanisme s'appelle pouvoir d'achat. Sa fonction structurelle s'appelle absorber la hausse. Au premier trimestre 2026, alors que le prix du carburant pèse plus lourd dans le budget des ménages européens qu'à tout moment depuis 2022, l'acompte sur dividende des actionnaires de TotalEnergies progresse de 5,9 % par rapport à l'exercice précédent.
VII. L'intérêt à maintenir
Si la fermeture enrichit, alors maintenir la fermeture devient un intérêt rationnel. C'est un point rarement formulé dans la couverture médiatique. Une fois posée la mécanique de captation, la question change. Elle n'est plus qui profite ? mais pourquoi le détroit ne se rouvre pas ?
La chronologie devient lisible quand on la lit avec ce filtre. Le 8 avril 2026, un cessez-le-feu est signé entre Washington et Téhéran. Le détroit reste fermé. Le blocus américain des ports iraniens est maintenu. Le 16 avril, l'Iran annonce la réouverture complète d'Ormuz. Les États-Unis ne lèvent pas leur blocus des ports iraniens. L'Iran referme le détroit le lendemain. Le 21 avril, Trump prolonge le cessez-le-feu sine die mais maintient le blocus américain. Le 29 avril, il déclare en réunion avec les dirigeants pétroliers que le blocus iranien pourrait durer « plusieurs mois » et qu'il est « plus efficace que les bombardements ». Le 1er mai, il écrit au Congrès que les hostilités sont « terminées ». Au-delà de soixante jours, la Constitution exige une autorisation parlementaire pour poursuivre une intervention militaire. La déclaration permet de ne pas la solliciter. Le 4 mai, il annonce une opération maritime américaine pour escorter les navires neutres dans Ormuz : un geste qui sécurise la circulation pour les pays choisis par Washington, sans rouvrir le détroit pour tous.
Pris isolément, chacun de ces gestes paraît contradictoire. Pris ensemble, ils dessinent une politique précise. Pas la guerre, qui coûte trop cher en vies, en stocks de munitions et en soutien intérieur. Pas la paix, qui rouvrirait le détroit et ramènerait les flux du Golfe sur le marché mondial. Mais le maintien d'une zone grise où la fermeture persiste sans engagement militaire ouvert. Cessez-le-feu, blocus, escorte sélective, ultimatum, prolongation : autant d'outils différents qui produisent le même résultat. Ormuz reste fermé. Les terminaux du Texas restent les seuls à pouvoir absorber la demande asiatique.
La presse spécialisée parle de chaos, d'imprévisibilité, de folie tactique. Plusieurs analystes politiques affirment que personne ne sait ce que veut Trump. Cette lecture cherche une cohérence du côté des intentions politiques, là où elle ne se trouve pas. Si l'on prend l'enrichissement comme variable d'optimisation, l'ensemble devient cohérent. Le détroit fermé enrichit les exportateurs américains. Il déplace l'Asie vers les terminaux du Texas. Il maintient le baril élevé qui rend rentable l'investissement vénézuélien. Il transforme chaque trimestre des majors en record de superprofits. Maintenir la fermeture, sans la déclarer, sans la signer, sans en porter la responsabilité, est l'optimum stratégique. Tout geste qui menacerait de rouvrir le détroit est suivi en quelques jours d'un geste qui le maintient. Tout geste qui consoliderait la fermeture est accompagné par la communication de la trêve.
Cela ne signifie pas que Trump aurait planifié l'épisode. Cela signifie que l'épisode, quels qu'en soient les déclencheurs, est désormais géré selon une logique d'enrichissement qui rend ses comportements lisibles.
Cette cohérence n'est pas seulement observable dans les comportements politiques. Elle est mesurable dans les mouvements financiers qui les précèdent. Le 23 mars 2026, quinze minutes avant que Trump annonce sur Truth Social une pause des frappes contre l'Iran, des traders placent 500 millions de dollars en futures pétroliers misant sur la baisse du Brent. Le volume échangé à 6h49 EST atteint neuf fois la moyenne horaire. Le 7 avril, quelques heures avant l'annonce du cessez-le-feu, 950 millions sont engagés dans le même sens, à la baisse. Le 17 avril, vingt minutes avant que l'Iran annonce la réouverture d'Ormuz, 760 millions. Le 21 avril, quatorze minutes avant que Trump prolonge le cessez-le-feu sine die, 430 millions encore. Total des positions suspectes documentées sur le seul mois d'avril : environ 2,1 milliards de dollars. Le représentant Ritchie Torres saisit la SEC et la CFTC. Selon ses propres termes, la séquence pourrait constituer « l'un des plus grands cas de délit d'initié de l'histoire ». Il rappelle que des anomalies similaires avaient précédé la pause sur les tarifs douaniers d'avril 2025, dite « Liberation Day », et l'action militaire américaine au Venezuela début 2026.
La SEC et la CFTC enquêtent. La Maison-Blanche dément, qualifiant les soupçons de « sans fondement et irresponsables ». Sur la même période, le chef du département des enquêtes de la SEC a démissionné après désaccords avec sa hiérarchie sur des dossiers liés au cercle présidentiel. La Public Integrity Section, division du Département américain de la Justice créée après le Watergate pour poursuivre les fonctionnaires corrompus, a été ramenée de 36 à 2 avocats. Le constat est le suivant : la rationalité observable n'est pas celle d'une décision individuelle. C'est celle d'un dispositif. Les acteurs concernés, dirigeants pétroliers, négociateurs issus du secteur immobilier comme Jared Kushner et Steve Witkoff, désormais en charge du dossier iranien, alliés régionaux, partagent un intérêt convergent à ce que le détroit reste fermé encore quelques mois.
VIII. Ce que la mécanique enseigne
Ce qui rend l'épisode lisible n'est pas la guerre elle-même. C'est la rapidité avec laquelle le marché s'est réorganisé. En quelques semaines, des flux que l'on présentait depuis des décennies comme structurels ont basculé. L'Asie s'approvisionne désormais à 14 000 kilomètres de chez elle. Cela signifie que la rigidité supposée des dépendances énergétiques n'était pas tant une rigidité géologique qu'une rigidité d'habitude commerciale. Le pétrole se déplace selon le prix, pas selon la géographie.
Cette plasticité n'a pas été découverte le 28 février 2026. Elle a été préparée pendant dix ans, par l'expansion des terminaux d'exportation américains, par la révolution du schiste, par la levée de l'interdiction de 2015, par les accords énergétiques bilatéraux. La crise a simplement révélé une infrastructure latente. Elle n'a pas créé une dépendance nouvelle, elle a activé une dépendance dormante.
Le mécanisme du pouvoir, dans ce dossier, ne réside pas dans l'événement. Il réside dans la patience qui précède l'événement. Construire les terminaux d'exportation pendant les années de baril bas. Maintenir des relations commerciales avec le Japon, Taïwan, la Corée. Conserver Chevron au Venezuela. Maintenir PDVSA dans une zone grise entre embargo et négociation. Aucune de ces décisions, isolément, ne paraît stratégique. Toutes ensemble, elles forment une architecture qui permet à un pays de capter la rente d'une crise qu'il n'a pas eu à organiser.
C'est cela, la grammaire silencieuse du pouvoir énergétique contemporain. Non pas le complot des intentions, mais la géométrie des positions. Non pas l'événement, mais le terrain où l'événement vient se déposer.
Coda
La mécanique observée n'est pas illégale. Elle est même, dans le cadre actuel des règles internationales du commerce de l'énergie, parfaitement régulière. Une compagnie cotée a obligation d'optimiser le retour à l'actionnaire. Un État souverain a légitimité à protéger ses producteurs nationaux. Un pays consommateur a droit de chercher ses fournisseurs où il peut. Aucune règle n'est violée. C'est la combinaison qui produit la captation.
Le pouvoir le plus efficace n'est jamais celui qui transgresse. C'est celui qui se contente de tenir, longtemps et silencieusement, les positions où la prochaine crise viendra mécaniquement déposer sa rente.
Le mécanisme n'est pas inédit. Il a été testé en Europe quatre ans plus tôt, sur le gaz. Avant l'invasion russe de février 2022, l'Union européenne importait 150 milliards de mètres cubes de gaz russe par an et 18,9 milliards de GNL américain. En 2025, le gaz russe était tombé à 36 milliards, le GNL américain monté à 75,6 milliards. La part russe dans les importations gazières européennes est passée de 45 % à 15 % en deux ans. Les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de GNL de l'Europe avec près de la moitié du volume importé. La crise ukrainienne avait ouvert un marché de plusieurs centaines de milliards d'euros. Les terminaux d'exportation américains étaient prêts à l'absorber. Alexandre Joly, responsable du pôle Énergie du cabinet Carbone 4, résumait dès 2023 ce que l'épisode actuel reproduit à l'identique : l'Europe a échangé une dépendance russe contre une dépendance américaine. Ormuz reproduit le même schéma.
Ormuz, en mai 2026, n'est pas un piège tendu. C'est un guichet ouvert. Les commandes sont passées en dollars.